La couleur de la neige

La couleur de la neige

# Posté le vendredi 27 février 2009 13:35

Loin de moi

Loin de moi
Loin de moi, loin de moi, j'oublie la mélodie suave de ta voix. Loin de moi, je perds les accents de tes mots, les frémissements dans mon âme, le froid sur ma peau. Loin de moi, car jamais sinon je ne parviendrais à rester loin de toi.

Loin de moi, ma respiration se fait plus calme, apaisée et sereine ; loin de moi, comme si je ne connaissais plus l'écho de tes pas.

Non, ne reviens pas. Ne t'approche pas, n'éffleure pas même mon ombre de tes doigts. Le souffle court que tu n'entends pas, et mon esprit hors de moi, c'est la folie qui s'apprête à bondir sur sa proie. Moi, être d'obsession et d'incensée raison, je suis âme aux abois ; qui se cache et se terre en m'arrachant à moi-même pour m'ôter l'envie de me précipiter au devant de toi. Solitaire secret qui flotte au dessous du marais des mystères intérieurs ...

Sérénade silencieuse de paroles indicibles et inconnues, danse baroque dans les dédales profonds de la psyché, éventail de la révélation, enfin, quand je saurai pourquoi il me faut rester loin de toi. Etrange combat de la volonté de conserver l'ignorence, ne jamais voir apparu au grand jour trop sombre évidence.

Je ne sais, je ne sais pourquoi il te faut rester loin de moi. Cependant, s'il m'est donné de conserver la conscience, je ne sais que trop comme chaque nouvelle parole m'enchaine à toi. Tremble de l'absolu de pareille démence, du transport effréné et incohérent dont toi seul a pouvoir sur moi. Je bois de toi à chaque seconde jusqu'à m'énivrer de la capiteuse liqueur de ton être. Crains que je ne puisse m'arrêter, pauvre incensée.

Inutile, n'est ce pas? Tu sais ; et pour cela, tu t'avances déjà ...

# Posté le jeudi 05 février 2009 13:44

Bouleverse-moi ...

Bouleverse-moi ...
Ô Ami, au coeur du froid je me blottis. Transie sur les chemins désertés, je marche de par la forêt en quête de Toi. Voilà plusieurs nuits que je me suis éveillée, ton visage flottant encore dans les dernières vapeurs de mes rêves, et depuis, pas un songe ne se passe où tu n'y reigne pas. Ainsi vont mes nuits, et mes jours, mon souffle fébrile suinte l'obsession. Et mes lèvres murmurent des paroles incensées, en silencieuses invocations qui se perdent dans le brouillard, et viennent mourir sur le silence assourdi de la neige.

Et peu à peu, mes pas me conduiront à une antique bâtisse, à la salle de bal promise, où du haut de l'escalier, descendra, incognito, l'ombre de cette figure inconnue et familère que je suis venue trouver. Il s'arrêtera en chemin, croisera mon regard éperdu. Il sait bien ce que je suis venue lui demander, ce que je viens mendier telle une affamée, telle une assoifée de vie. De sa haute stature, il élèvera son fier menton ; attendant le cri, l'éclat.

" Prends ta cape, mets ton masque ; qu'importe qui tu es : bouleverse-moi!"

Ô mon ami, oui, inconnu visage qui ne me quitte pas, arrache-moi à l'ennui, arrache-moi à ce cloaque sans début ni fin, morne et gris, sans couleur, sans mort et sans vie. Déchaîne en moi la fureur et l'ouragan, fais moi goûter à l'interdit. Enlève moi, emporte moi loin d'ici. Vole moi, arrache moi à moi-même. Fais moi frémir, fais moi trembler sous le frôlement de tes doigts. Réveille moi de ma torpeur, enchaîne moi à tes pas, afin que je ne me perde pas loin de toi. Envahis ma vie, en conquérant, deviens mon doux tourment. Réveille moi ! Tout de suite, maintenant. Sans condition, sans transition.

Ô cher, très cher, dispensateur de tous paradis, spectre même d'amitié brûlante, de passionnés non dits, nous sombrerons ensemble sans fin, et dans l'oubli, et dans l'infini.

# Posté le vendredi 09 janvier 2009 18:39

Modifié le samedi 10 janvier 2009 06:22

Un conte de Noël à Poudlard (4 et fin)

Il fallut une bonne semaine à Adèle pour recouvrer ses esprits et être de nouveau, à peu près, en mesure de réfléchir concrètement au problème qui était bel et bien présent. Quoi de plus romanesque pour une jeune personne de 16 ans que de s'imaginer en héroïne vivant une belle et tragique histoire d'amour avec une statue voulant se venger des siens. C'était pour elle Le Cid de Corneille revu dans les temps modernes et dans le monde des sorciers. Et pourtant, lorsqu'elle y réfléchissait à tête un peu plus froide, elle constatait que la réalité était moins grandiose et reluisante que dans des fantaisies. On avait un mort, mystérieusement revenu à la vie, qui enlevait des personnes, sans savoir ce qu'elles devenaient, et une petite adolescente amourachée de cet être dont finalement, elle ne savait rien, et pour qui elle était prête, à aller gracieusement et de son plein gré, se jeter dans la gueule du loup. Vu sous cet angle, tout paraissait nettement plus décourageant. Qui plus est, Lépide n'avait daigné signe d'existence depuis leur dernière rencontre, tandis que l'école restait un lieu empli de méfiance et de craintes pour le présent et pour l'avenir.

Un soir, la veille du mois de février, l'idée la plus saugrenue à son sens, et pourtant qui eut été logique bien plus tôt, lui vint : il fallait cesser de garder tout ceci pour elle et se confier. Non pas uniquement pour alléger son coeur, mais pour une fois, pour cesser de se comporter en petite égoïste insouciante et aider à la résolution de cette affaire. C'est d'abord à son amie Eléonore qu'elle parla, et conformément à ce dont elle pouvait s'attendre, cette dernière poussait pour qu'elles aillent toutes deux trouver le professeur Dumbledore au plus vite, afin de révéler ces précieuses informations. Au fond d'elle, Adèle savait parfaitement que c'était là la seule chose censée à faire, aussi suivit-elle son amie jusqu'au bureau du directeur, non sans trainer des pieds. Ce dernier reçut finalement cette confession gênée avec compréhension, et à la grande surprise des jeunes filles, révéla qu'il en savait presque tout autant. Ainsi donc, ce n'était pas pour rien qu'il avait fait fermer la salle menant au Hall des Grandes Décédés.

A la mention de ce nom, Adèle ne put s'empêcher de demander au directeur à quoi pouvait avoir servi cette salle qui désormais était devenue apparemment secrète. La réponse qu'elle reçut n'avait rien de bien mystérieuse, à regret pour elle. Il s'agissait d'une salle dédiée à la conservation et la commémoration du souvenir de grands personnages ayant oeuvré pour l'école, ou de personnes qui y étaient décédées. Il y avait d'autres jeunes personnes qui possédaient leur statue commémorative, et qu'Adèle n'avait pas remarqué, étant donné qu'elle avait rapidement reporté son attention principale sur la statue de Lépide de Burgons. Ce hall avait été bâti du temps où l'école était dirigée par un cénacle qui tenait la mémoire des grands hommes et de l'école pour fondamentale dans l'éducation des jeunes générations de sorciers. Or, le temps passant, les moeurs avec, cette coutume était tombée en désuétude, et l'on avait préféré simplement fermer cette salle, laissant les morts qui y siégaient à leur paix éternelle. Le professeur Dumbledore concéda toutefois qu'elle avait été également fermée par mesure de sécurité, connaissant certaines légendes se rapportant à l'un ou l'autre des occupants de la salle, car après tout, nul ne peut jamais promettre de l'avenir dans un monde baigné de magie.

De cette entrevue, il fut difficile aux jeunes sorcières de savoir ce que leur directeur venait d'apprendre de ce dont il avait déjà connaissance. Elles ne savaient pas plus si ces renseignements seraient utiles de manière concrète, mais au moins, tout risque de poids sur la conscience était levé pour les deux, à des niveaux différents. Car à présent, une autre forme de culpabilité rattrapait Adèle, qui s'accusait d'avoir trahi la confiance que lui avait porté Lépide. Elle finissait par se dire qu'il n'avait peut être pas tort de considérer les sorciers issus de Moldus comme des traitres à éliminer. Et cette pensée emplissait son coeur de peine, et d'angoisse à l'idée qu'il n'apprenne cela. Elle se sentait en tout prise dans un étau, entre deux camps, en maudissant toute forme de morale qui la poussait ainsi à ressentir trop de culpabilité, et lui gachait tout le romanesque de la situation.

L'atmosphère ambiante s'apesantit encore les jours suivants, il était devenu presque palpable que quelque chose se préparait. Un soir enfin, les sons discordants se firent de nouveau entendre, comme s'ils étaient plus douloureux, plus plaintifs, plus inquiétants encore ; comme une mélopée funèbre. Comme dans un état second, Adèle s'éveilla aussitôt, se précipitant hors de sa chambre et de la tour et descendit directement en direction de la bibliothèque qui donnait passage sur le Hall des Grands Décédés. Elle ne se surprit même plus que la porte était ouverte; seules ses jambes et son coeur battant oeuvraient de concert, comme pour répondre à un appel. La scène qu'elle découvrit sembla elle-même la statufier sur place. Il y avait là Lépide, emmenant avec lui par la magie d'un sort de fascination Eléonore en direction d'une porte étrange qui semblait donner sur un autre plan. Derrière le voile qui séparait les monde, se trouvaient toutes les personnes qui avaient disparues ; toutes étaient là, transformées elles-mêmes en statues. Enfin, il fallait qu'Adèle ouvre les yeux sur la réalité. Ce n'était pas le charmant Lépide, qui lui murmurait des paroles de sa voix douce, mais un Lépide dont les traits étaient déformés par la colère, la haine ... la souffrance aussi. Ses yeux exprimaient un étonnement effrayé de la découvrir là, et ilesquissa un geste vain, comme pour essayer de cacher son visage.

Devant ce spectacle si soudain, Adèle ne savait que dire. Tous les rêves naïfs d'Adèle s'écroulèrent tandis qu'elle voyait un Lépide transformé emporter loin d'elle son amie. Elle essayait pourtant de se raccrocher à chacune des paroles qu'il lui avait adressées. Ce n'était cependant pas le moment de torturer de questionnements hautement métaphysiques, et Adèle se vit, avec étonnement, brandir sa baguette face à Lépide, réclamant qu'il relache immédiatement son amie, ainsi que les autres personnes.

- Je ne le peux, hurla Lépide d'une voix qu'Adèle ne lui connaissait pas. Ils doivent tous payer, tous, tous, TOUS ! Ce ne sont que des monstres incultes, des brutes sans aucune trace d'honneur qui ont tué aveuglément et qui tueront encore. Ceux qui viennent de la bourbe ne peuvent s'élever au dessus!

- C'est faux! rétorqua Adèle avec autant de fureur. Les temps ont changé, et vous n'êtes plus de ce monde! Vous n'avez fait que mentir et trouver des excuses, en prétendant m'épargner de par ma nationalité, vous n'épagnez pas mon amie!

- C'est une traitresse, elle vous a forcé à parler! avoua-t-il en un souffle. Je vous faisais confiance, vous m'aviez rendu meilleur!

Un long silence succéda à ce cri terrible. Un profond désespoir avait envahi la jeune sorcière, et une grande fatigue. Tout serait bientôt terminé, songea-t-elle. Tout ne pouvait plus que finir à présent. Et ses rêves de cristal gisaient, en mille morceaux à ses pieds. Et le monde semblait proche de se terminer pour elle.

- Mais enfin, Lépide, pourquoi êtes vous revenu? Pourquoi maintenant? Et comment? cria-t-elle plus faiblement, parmi les nombreuses questions qui l'assaillaient en cet instant. C'était finalement peut être celles auxquelles elle espérait le plus pouvoir recevoir de réponses, avant que tout ne s'achève et ne retourne au néant.

- C'est un homme, un homme qui désirait que justice put être faite qui m'a tiré de mon sommeil. Je me suis soudain éveillé, un soir, en lieu et place de la statue qui me représentait. Il me dit que les sangs de bourbe pullulaient et déshonoraient le monde de la magie. Il me raconta comment le crime qui vit tous notre fin de fut jamais expié...

- ... et il t'a berné, termina une voix désincarnée, autour de laquelle une apparence se forma aussitôt après. Ainsi, se tenait entre les deux opposant le professeur Dumbledore, dominant soudain l'espace de sa grande stature.

- Comment, vieil homme, peux-tu avancer pareille insulte? cracha Lépide.

Le professeur Dumbledore fit alors apparaître face à Lépide une petite bassine, portant une inscription dorée du nom de "Professeur Espagus, directeur de Poudlard, 1635-1662".

- Si tu as autant de courage et d'honneur que tu le clames, Lépide de Burgons, regarde dans cette pensine. Elle renferme les authentiques souvenirs de celui que tu connut pour être directeur de cette école. Tu as peut être su en ton temps que l'école conservait les pensines de tous les directeurs en guise d'archives de l'école et du monde des sorciers en leur temps ... Alors, regarde donc, et vois un peu ce qui arriva après ta mort et celle des tiens ...

Lépide hésitait, se demandant si tout ceci n'était qu'un piège pour détourner son attention. Toutefois, le regard du professeur Dumbledore n'exprimaient pas la perfidie, et Lépide put considérer alors la proposition qui lui était faite. Après avoir été aspiré dans le temps, il revit douloureusement la mort de ses proches et la sienne proche. Seulement, un détail nouveau lui apparaîssait ... Alors qu'il avait cru jusqu'ici avoir été tué par des personnes du camps des fils de moldus, il découvrit avec horreur certains des membres du camp dont il faisait partie parmi les assassins de sa famille. C'est un des chefs lui-même qui avait lancé le sort qui lui avait été fatal. Il arracha son visage de la pensine, un visage profondément bouleversé.

- Mais ... pourquoi? ... Ce ne peut être vrai, c'est un leurre pour détourner ma vengence!

- Non, ce n'est que la stricte vérité, affirma de sa voix puissante le professeur Dumbledore. Retourne dans le passé, tu dois connaître la suite.

Une fois de plus, et avec moins de résistance encore, Lépide s'exécuta. Ce qu'il vit ébranla ses dernières certitudes. Il vit un procès intenté à l'encontre des véritables coupables, des descendants de sang-purs, dans lequel siégeait des fils de moldus qui avaient récemment conquis les droits qu'ils réclamaient. Or, c'est eux qui réclamaient justice pour Lépide et sa famille, présentés comme des exemples de pacifisme et de sagesse au coeur de ce conflit absurde. Les coupables furent condamnés à demeurer à Azkaban jusqu'à la fin de leurs jours. Lépide vit encore les honneurs funéraires qui lui furent adressés et l'érection de sa statue dans le Hall des Grands Décédés. Lorsqu'il revint au présent, seule une grande peine se lisait encore sur ses traits.

- Ainsi ... tout ce que j'ai cru était ... erroné... Et j'ai été injuste envers ceux qui avaient permis que justice soit faite...

Lépide baissa sa baguette, relachant le sort qui emprisonnait Eléonore. Sans prononcer un mot de plus, il ramena les statues des disparus par delà le voile, et ces dernières reprirent immédiatement aspect humain et vivant en retouchant le sol de ce monde. Il demeurait à présent, silencieux et prostré, quand le professeur Dumbledore lui posa une main de compassion sur son épaule, lui demandant s'il connaissait celui qui l'avait ramené à la vie par le biais de la statue. Aucune description ne put être faite, mais déjà Dumbledore soupçonnait un ancien et très célèbre grand mage noir d'être à l'origine, directement ou par le biais d'un serviteur, de tout ceci. Il était bien connu que ce dernier haïssait profondément les moldus et les "sang de bourbe".

- Alors, si tout est fini, s'il n'y a plus de vengence, Lépide va repartir, n'est ce pas professeur? demanda Adèle, qui avait assisté à tout cela sans mot dire, encore secouée de toutes ces émotions tellement contradictoires.

- Oui, il le faut, répondit-il simplement. Les choses doivent retrouver leur juste place, et tu sais bien que les morts ne peuvent ressusciter, même par magie, coupa immédiatement le professeur Dumbledore, sentant la tristesse montante de la jeune fille. En effet, il est temps pour toi, Lépide de Burgons, de repartir et laisser ici ta statue, s'adressa-t-il au jeune homme. Cependant ... puisque je ne peux changer les choses qui sont inévitables, je n'ai plus ma place ici. Adèle, tu le raccompagneras jusqu'au Hall.

Le professeur Dumbledore sourit succéssivement à Adèle et à Lépide, leur lançant un regard de compréhension. Il partit ensuite chercher des personnes pour prendre en charge les rescapés, tandis que la lourde porte du passage de la bibliothèque se refermait derrière les Lépide et Adèle. Il se retrouvèrent ainsi, comme de petites silhouettes au milieu de l'immensité de cette salle. Le coeur d'Adèle était bien lourd, et les larmes bien proches de ses paupières. Tout était allé si vite, voilà qu'à présent, succéssivement coupable et racheté, il allait la quitter. Lépide émit un faible sourir, teinté de mélancolie. Il leva sa baguette, chuchotta un mot que ne parvint pas à entendre Adèle. Soudain, la salle s'habilla de lumières argentées, comme il en avait été le cas au soir du bal de Noël. Une musique se fit progressivement entendre.

- Mais ... c'est sur cette musique que nous avons dansé, s'exclama Adèle, surprise du tour qui venait d'être exécuté.

- Je ne crois pas me rappeler de la fin de cette musique, continua Lépide, d'un air mystérieux. Peut être parce que nous n'avions pas pu finir cette danse, ajouta-t-il en faisant une révérence pour inviter Adèle.

Cette dernière prit la main qui lui était offerte, et tous deux dansèrent la danse inachevée, espérant secrètement repousser aussi loin que possible la fin de la mélodie. Elle arriva cependant, et avant que les dernières notes ne meurent dans l'air, Lépide commençaient déjà à redevenir pierre.

- Non Lépide! s'écria Adèle en se jetant contre lui, comme si cela avit pu le protéger de l'issue finale.

- C'est ainsi Adèle, je n'ai qu'un regret, celui de n'avoir pu vivre en votre temps et n'avoir pu vous connaître comme je l'aurais souhaité, en étant vivant.

- Mais vous ne pouvez pas partir, pleurait Adèle contre son torse déjà froid de Lépide, je vous aime ...

- Comme je suis heureux d'avoir pu l'entendre et emmener ces mots avec moi. Adèle, vous vivrez, vous aimerez encore. Mais moi, pour l'éternité j'emporte avec moi le souvenir d'une danse et de votre amour si pur et dévoué. Je meurs une seconde fois ... d'un bonheur que jamais, je n'ai pu connaître de mon vivant ...

Ainsi, Lépide de Burgons avait repris sa place en tant statue dans le Hall des Grands Décédés. A ses pieds, éplorée, gisait Adèle qui finit par s'endormir de la fatigue d'avoir trop pleuré. A son réveil, alors qu'elle se résignait à repartir et refermer ainsi un chapitre de son existence, elle remarqua un détail qui avait changé sur la statue. Lépide avait eu une statue altière et très digne, mais figée dans une expression de gravité qui sied aux défunts. Désormais, il y aurait au moins une statue qui arborerait un sourire très doux, très vivant. Adèle ressentit en elle une chaleur venant la réconforter. Elle vivrait, comme il l'avait dit, elle grandirait et vieillirait. Mais derrière elle, même des siècles après sa propre mort, il resterait une statue plongée dans un profond sommeil, et qui rêverait d'une danse qui ne finirait jamais.
Un conte de Noël à Poudlard (4 et fin)

# Posté le vendredi 02 janvier 2009 12:02

Modifié le vendredi 02 janvier 2009 19:48

Un conte de Noël à Poudlard (3)

Un conte de Noël à Poudlard (3)
Les jours étaient tombés en cascade comme une miriade de flocons de neige depuis le bal, et à l'hébétude, avait succédé pour Adèle un état d'ennui et d'interminable attente. Elle avait pris l'habitude de rester assise sur le rebord intérieur de la fenêtre de sa chambre, scrutant le dehors, comme si une figure disparue y réapparaîtrait soudain. Tandis que les heures et les jours passaient, elle avait eu le temps de réfléchir à tout ce qui était arrivé, sous à peu près tous les angles qu'elle était parvenue à considérer. Son opinion oscillait, dans un doute perpétuel, entre l'impossibilité de l'existence d'une statue prenant vie, et l'aventure extraordinaire que cela constituerait, si tout cela était vrai. Or, c'était bien là ce qu'elle souhaitait profondément.

Lorsqu'elle devint finalement lasse de ce quotidien méditatif, et alors que les vacances de Noël touchaient à leur fin, elle songea qu'il restait peu de temps pour agir, quelle que soit la chose qu'elle déciderait de faire. Elle conçut finalement une idée, qu'elle ne tarda pas à mettre en oeuvre. La jeune sorcière alla trouver le préfet des Serdaigles, toujours ravi de pouvoir passer quelque temps avec elle. Adèle savait qu'il était fort introduit au sein de la grande bibliothèque de magie londonienne, et si rien n'évoquait la vie de Lépide de Burgons dans la bibliothèque de Poudlard, elle avait bon espoir qu'il n'en soit pas de même là-bas. Elle n'eut en effet aucun mal à convaincre Damien de l'y emmener, ce qu'elle ne devrait pas regretter par la suite, car bien qu'elle dût supporter ses longs palabres sans fins sur les coutumes des abbayes françaises du moyen-âge, elle trouva finalement de quoi étancher sa soif d'en savoir plus sur son mystérieux cavalier. Un ancien livre traitant du XVIIe siècle lui apprit qu'une guerre fit rage entre sorciers issus de familles moldues, et sorciers de sang-pur. En effet, les sorciers qui n'étaient pas des sang-purs n'avaient alors pas droit d'accéder au plus hautes fonctions au sein de la hiérarchie politique de l'époque, et les affrontements avaient débuté lorsque certains d'entre eux avaient violemment réclamé qu'égalité soit accordée à tous dans la jouissance de ces privilèges. Peu à peu, tous furent contraints de prendre position. Certaines familles de sang-purs qui partageaient les idéaux égalitaires des autres sorciers s'allièrent à eux, tandis que beaucoup de sang-purs les combattirent. Rares furent ceux qui tentèrent, avec difficulté, de conserver une certaine neutralité. Ce fut de cas de la famille de Burgons, qui n'était pas anglaise d'origine, mais dont une branche cadette s'était installée en terre anglaise deux siècles plus tôt suite à un riche et beau mariage. Cette branche y avait prospéré, tout en conservant des liens avec la famille d'origine ; et ainsi, si ses membres étaient impliqués dans la vie de la société sorcière d'Angleterre, ils restaient fermement attachés à leur terre d'origine, qui était française. Ainsi donc, ce conflit ne semblait pas devoir les concerner, et ils le jugeaient, à juste titre, profondément néfaste à toute prospérité de la société des sorciers. C'est par la violence qu'ils furent jetés, malgré eux, au sein de cette guerre. L'Histoire retient une nuit de massacre, durant laquelle des fanatiques partisans des égalitaristes massacrèrent aveuglément des dizaines de lignages de sang-purs. La famille de Burgons en fit partie, à l'exception du jeune fils, Lépide, qui était alors présent au sein de l'école de sorcellerie de Poudlard en tant que jeune savant sorcier prometteur. Devant cet assassinat collectif, beaucoup de sang-purs survivants auparavant pacifistes s'unirent en une ligue destinée à venger leurs proches disparus ; or, Lépide en faisait partie. Il n'eut cependant pas le loisir de faire justice aux siens, puisqu'alors qu'il s'apprêtait à partir au combat, le sortilège interdit de Avada Kedavra lancé dans son dos eut lâchement raison de lui. En bas de la page où était rapportée cette histoire, une note figurait concernant une légende, voulant qu'avant qu'il n'expire, il ait formulé une malédiction à l'égard des auteurs de sa mort et de celle des siens, et qu'il ait promis de revenir accomplir lui-même cette vengeance qui lui avait été interdite de son vivant.

C'est avec gravité qu'Adèle avait lu tout ceci, tremblant de ce que cela pourrait signifier. Lui revenaient en mémoire cette haine des enfants de moldus, cette vengeance d'outre-tombe, cette mort inique ... Trop de sentiments contraires l'assaillaient alors. Que devait-elle penser d'un mort, revenant potentiellement de l'au-delà pour se venger de sorciers issus de familles moldues, comme elle-même ... Il était évident pour elle que cette légende était authentique, et que Lépide avait dû trouver un moyen pour revenir, conformément à sa malédiction. Mais alors, savait-il qu'elle faisait partie des ennemis qu'il s'était désigné? ...

Elle rentra à Poudlard le coeur lourd, n'entendant même pas le ronronnement continu des discours historiques de Damien Denisgisant. La jeune sorcière ne savait que penser, et les évènements du nouvel an ne furent pas de nature à l'aider à trancher. En effet, une soirée de réveillon avait été organisée afin de célébrer le passage de la nouvelle année, et au lieu d'entendre retentir les cris de joie au douzième coup de minuit, c'est un vacarme de son discordants qui se fit entendre. Les portes furent immédiatement vérouillées, et les élèves raccompagnés dans leur tour respective lorsque les professeurs jugèrent le danger passé. Cependant, les couloirs semblaient avoir été dévastés comme par une tempête, et deux des parents invités à la fête étaient portés disparus. Il se trouvait qu'il s'agissait d'un moldu et d'un sorcier issu de famille moldue, alors absents de la grande salle de banquet lorsque le grand bruit s'était fait entendre.

Une inquiétude sourde se répandit alors durablement dans l'école. Les fêtes de fin d'année étaient passées, et avec elles, toutes les lumières et les décors scintillants si rassurants. Janvier était là, comme un triste lendemain de fête, teinté de funestes brumes. Des rumeurs de fermeture de l'école courraient, et un courrier était arrivé de France, réclamant le retour des jeunes ressortissantes si leur sécurité ne pouvait être assurée. Et comme si cela n'avait pas été assez ennuyeux, il fallait y ajouter encore la satisfaction patente d'une certaine proportion d'élèves de Serpentard qui ricanaient à l'idée d'une chasse ouverte aux « sang de bourbe ».

Adèle déprimait de manière certaine à l'idée de quitter Poudlard, à l'idée que tout ce qui semblait follement intéressant ne se change en cauchemar, à l'idée que celui qui hantait ses pensées ne soit qu'une sorte de créature morte maléfique dont la seule raison d'être serait de se venger aveuglément. Lorsqu'on laissait les élèves se promener dans le parc, elle allait marcher un peu le long du lac gelé. Elle y restait jusqu'à la nuit tombée, se faisant plus d'une fois punir pour n'avoir pas respecté les horaires concédés. Elle rêvassait et attendait que quelque chose daigne se passer dans cet ensemble qui paraissait de jour en jour de plus en plus figé dans une crainte malsaine. Elle était très certainement naïve de croire intimement qu'elle, au moins, ne courait aucun risque. Mais comme elle aimait à se le répéter, en même temps, une vie sans danger n'a rien de trépidant ni d'intéressant.

La suite des évènements lui donnèrent en effet raison, car alors qu'elle terminait une promenade tardive, peu après la mi-janvier, et qu'elle gardait le regard perdu sur la surface lisse du lac, elle aperçut derrière elle une silhouette. Comme éveillée d'un rêve où elle aurait cherché à saisir l'objet de celui-ci, elle fit immédiatement volte-face. Et il était là, manifestement surpris de sa rapidité.

- Vous ! s'écria-t-elle, devant l'homme qui n'avait pas bougé, comme s'il avait été de nouveau statufié.

Et soudain, alors qu'elle avait si souvent rêvé d'une telle occasion, elle ne sut que dire. Il lui vint à l'esprit qu'elle devrait peut être fuir, pourtant elle n'avait jamais ressenti autant d'excitation de vivre une pareille situation. Tous deux se regardèrent alors durant un certain moment sans faire le moindre geste. Et finalement, c'est Adèle qui brisa ce silence trop lourd.

- J'en sais un peu plus à vitre sujet, à présent ... commença-t-elle d'une voix peu assurée, quelque peu gênée soudain d'avouer des évènements personnels et graves de la vie de celui qui lui faisait face.

- Cela ne m'étonne guère, la coupa-t-il, je vous ai souvent observé tandis que vous l'ignoriez ...

- Alors ... vous devez savoir que je fais partie de ceux que vous devriez ... Adèle n'osait pas finir la phrase, espérant qu'il comprendrait le reste, tandis qu'elle peinait à ne pas détourner le visage.

- Je sais oui ...

Leurs mots se perdaient dans la nuit enneigée. Adèle ne se décida réellement à bouger que lorsqu'elle vit Lépide se détourner, comme pour repartir.

- Attendez, lui cria-t-elle presque. Vous faites mal de poursuivre ces gens ici. Vous ne le savez peut être pas, mais quatre siècles ont passé depuis et ...

Adèle se rendait bien compte que ce qu'elle disait était hautement naïf, presque à en rire. Elle se maudit d'être si ridicule à un moment si précieux où elle aurait mieux fait d'être bien inspirée. Elle aurait mieux aimé se cacher dans un trou de souris.

- Oui, je suis parfaitement au courant, se surprit-elle à entendre en réponse. Cependant, je sais que vous n'êtes pas de ceux que je pourchasse... vous êtes française ...

C'était une excuse bien arrangeante qui ne faisait pas de dupes. Adèle songea, avec un ironique réconfort, que cela sonnait aussi ridicule que ce qu'elle avait elle-même dit auparavant.

Puis, tout se déroula comme si un voile de brumes les entourait. Ils marchèrent un peu côte à côte, discutant vaguement de tout cela, sans que nul n'avance rien que l'autre ignora. Tous deux savaient que le temps passait et qu'il faudrait bientôt repartir. Il y avait dans cette rencontre un délicieux parfum d'interdit, tellement grisant ... Comme un pacte tacite destiné à rester secret. Et surtout, après tout ce qui s'était passé, il n'y avait pas de monstre face à Adèle, rien qui ne lui parut effrayant, de sorte qu'elle en venait à presque oublier tout ce qui était arrivé. Elle aurait voulu que cela ne prenne pas fin ...

Cette rencontre s'acheva d'une manière qu'Adèle n'aurait pas souhaité ; en confrontation. Car il lui fallait expliquer que tout cela n'avait pas de raison d'être, que cela n'avait rien de raisonnable. Cependant, Lépide tirait alors sa révérence, disparaissant sans que la jeune sorcière n'ait pu clore cette visite comme elle l'aurait souhaité, sans qu'elle ne puisse poser les nombreuses questions qu'elle avait pourtant ressassé ces jours précédents, sans qu'elle n'ait pu lui dire qu'elle pensait souvent à lui, sans pouvoir lui demander ce qu'il en sera de son avenir ...

Inévitablement, elle fut punie comme jamais à son retour, puisque, sans grande surprise de sa part, on croyait déjà presque à sa disparition. C'est au professeur Rogue qu'elle fut confiée pour plusieurs heures de travaux minutieux et pénibles dans son cachot. Elle n'en regretta aucune et songea alors qu'elle en aurait fait plus encore, si seulement elle pouvait encore revoir Lépide de Burgons, rien qu'une seule fois.

# Posté le mardi 30 décembre 2008 21:05

Modifié le mercredi 31 décembre 2008 08:13